Enfant, parent, adulte; à chacun son rôle!

Il y a quelques semaines, je mettais les pieds dans ma nouvelle vie. Maison vendue suite à ma séparation d’avec le père de mes filles, j’emménageais dans un appartement, au quatrième étage, vue sur le poste de police de l’arrondissement et à quelques pas d’un Tigre Géant.

Comme tout changement demande de laisser aller certaines choses afin de libérer de l’espace pour de nouveaux apprentissages, je me devais d’avoir une franche discussion avec celui que je surnomme mon enfant roi intérieur, parce que je considère que plusieurs de ses programmes sont désuets et qu’ils ne peuvent plus assurer à eux seuls l’épanouissement de ma vie actuelle et future. L’enfant roi intérieur, bien que créatif, ambitieux et intelligent se reconnait à son aplomb un tantinet orgueilleux, sa démarche parfois un peu prétentieuse et son besoin presque incontrôlable de contrôle. En ces temps de réaménagement de vie, je fais du ménage et je revois mes priorités. Je ne veux plus dépendre d’un langage composé de concepts rigides qui limitent l’esprit pour alimenter mes communications, tels que des mots comme hier, demain et jamais. Je ne veux plus, non plus, jouer les détectives et prévoir les pensées d’autrui avant même de me faire ma propre idée. Je ne veux plus de maître autre que moi-même.

J’ai donc invité mon enfant roi intérieur à s’asseoir avec moi et à me regarder droit dans les yeux. Il devait comprendre que cette fois-ci, il serait impossible de m’embobiner avec son attitude de lassitude et son besoin d’être à tout prix perçu comme le sauveur des temps pénibles. Certes, il a cette belle capacité d’apprécier les situations telles qu’elles se présentent et de garder le moral malgré tout, mais ce n’est pas là, la seule et unique façon de traverser les tempêtes de la vie. Il était venu le moment de lui dire que désormais, il n’est pas question que je me rallie uniquement à sa perception des choses, de l’espace et du moment présent.

À partir de maintenant, j’attribue le premier rôle sur la scène de mon quotidien à celui qui, sans faire trop de bruit, me demande depuis quelque temps d’apparaitre sur l’avant-scène de ma vie. II a toujours été là, dans les loges, derrière les rideaux à attendre le bon moment, mais jamais il ne m’a mis de pression pour s’immiscer dans mon quotidien, comme le fait constamment l’enfant roi intérieur.

À l’intérieur du harem de protagonistes qui me définissent, l’adulte est le seul personnage qui possède les qualités pour camper intégralement le rôle du leader positif dans ma vie. Le seul qui soit patient et humble. Et je n’ai pas dit le parent, non, j’ai bien nommé l’adulte. Pas le parent qui se dit épuisé à chaque heure de la journée. Comment pourrait-il en être autrement? À toujours courir après l’enfant roi intérieur, à s’assurer de son confort, il n’a plus de temps pour prendre soin de lui et s’attend ensuite à ce que quelqu’un d’autre le fasse.

Je veux être accompagnée à toute heure du jour de mon adulte intérieur. Celui qui assure. Celui qui prend ses responsabilités. Celui qui prend soin de lui, pas des 150 personnes de son entourage avant lui. Non! Il prend soin de lui et ce faisant, il prend assurément soin des autres. Prendre soin de soi, c’est aussi s’occuper de l’enfant roi intérieur, l’encadrer, le stimuler, mais aussi le bercer et l’amener doucement à s’apaiser quand tout va trop vite autour de lui et qu’il s’égare. S’assurer à tous les soirs qu’il passera une belle nuit à mettre l’accent sur la construction des nouveaux chemins adéquats dans la structure de son inconscient. Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin du parent, le comprendre et l’accueillir dans ses peurs, la plupart du temps, inutiles. Lui suggérer de laisser tomber les critiques. Elles ont certainement eu leurs raisons d’être dans le passé, mais désormais il peut prendre les choses telles qu’elles sont.

Dans les secondes qui ont suivies mon entretien avec mon enfant roi intérieur, il est demeuré bouche bée. Il semblait hésiter sur la réponse qu’il serait le plus pertinent de me donner. Entre se résigner à contre cœur, et user de manipulation pour attiser ma culpabilité, il a décidé cette fois-ci de faire autrement. Il m’a simplement sourit et tendrement répété à trois reprises : « Tu sais quoi ? Je te fais confiance ». Et il s’est mis à rayonner au-delà du décor de la pièce où l’on se trouvait. Parce que mon enfant intérieur s’apaise, mon parent intérieur s’enracine et mon adulte peut prendre sa place.

Comme toute équipe doit respecter son rôle et celui des autres membres afin de s’assurer de l’harmonie au sein de l’organisation, la mienne s’adapte peu à peu à son nouvel organigramme. Depuis quelques semaines, je m’amuse à surprendre chacun de mes coéquipiers à oser des réflexions ou des actions bien alignées avec son cadre de compétences. C’est comme avancer sur une corde tendue, à 100 mètres d’altitude en gardant l’équilibre. Chaque pas est un risque à prendre, chaque pas doit être fait en toute conscience sinon le déséquilibre guette. Chaque arrivée à destination, peu importe l’objectif est maintenant célébré par l’entièreté de mon équipe intérieure, plutôt que d’être la victoire que de l’une d’elle.

Chacun à sa place, dans la paix et le respect de chacun. J’imagine que c’est ça devenir adulte….

Auteur: Martine Ouellet

Passionnée de théâtre et de relation d'aide, Martine allie à merveille l'imaginaire à travers ses séances et audios d'hypnose. Elle nous partage sur le blogue ses réflexions profondes et prises de conscience. www.hypnosemartineouellet.com